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Que devient la pierre de Vernon?

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27 août

Que devient la pierre de Vernon?


Au bruit de la pierre que l’on taille s’ajoutent des particules de poussière qui s’élèvent en une légère fumée. Dans le chemin des Carrières, près du quartier de Vernonnet, les tailleurs de pierre s’affairent dans la chaleur matinale. Seul l’intérieur de la carrière de Tsoushima, creusée profondément dans la falaise derrière eux, est en mesure de leur apporter une fraîcheur bienvenue. De gros blocs de pierre y reposent dans les galeries, à l’abri du soleil et des intempéries.

Un matériau irremplaçable

La société TERH est l’une des rares entreprises de France qualifiée dans la restauration de monuments historiques. Son matériau, la pierre de Vernon, est son principal atout. « Il s’agit d’une pierre fine, blanche, à grain fin, dont la caractéristique est de comporter du silex. C’est ce qui la rend irremplaçable dans la restauration des monuments de la région », explique le président de l’entreprise, Patrick Debuck.

Facilement transportable par voie fluviale, la pierre de Vernon était, dès le Moyen-Âge, le matériau le plus utilisé dans la construction de bâtiments historiques. De nombreux édifices tels que des châteaux et des églises le long de la Seine, de Mantes à Honfleur, en sont composés. « Aujourd’hui, il y a un réel attachement à les restaurer avec des matériaux d’époque, pour que ça se voit le moins possible », constate Patrick Debuck, ajoutant que « la préservation du patrimoine n’est pas un luxe superflu » et que, sans maintien des monuments, « le tourisme serait affecté. »

Une pierre réputée

Au début du 20e siècle, la réputation de la pierre de Vernon était telle que près de 200 carriers l’exploitaient dans les falaises vernonnaises. Créée en 2000, l’entreprise TERH emploie aujourd’hui 70 salariés. Ils sont maçons, tailleurs de pierre, charpentiers… « En termes d’emploi, dans le domaine du bâtiment, c’est l’une des sociétés les plus importantes de l’Eure », précise le président qui se dit aussi confiant pour l’avenir. « Nous avons une vingtaine de chantiers en cours [dont la cathédrale d’Evreux, ndlr]. Notre carnet de commandes est plein jusqu’en août 2016. »

Rogner la falaise

La carrière Notre-Dame, située à l’emplacement d’une ancienne champignonnière le long de la route menant au LRBA, avait déjà été exploitée par le passé. Les carriers de TERH se sont contentés de terminer le travail en rognant un morceau de la falaise. Désormais, le lieu sert à stocker les pierres qui en ont été extraites. « On a constitué un stock important de plusieurs centaines de mètres cube, ce qui nous permet de vendre à nos concurrents », révèle Patrick Debuck. Mais comme toute ressource précieuse, la pierre de Vernon viendra un jour à manquer. Le président avoue chercher la solution dans l’exploitation de la carrière de Tsoushima, derrière les bureaux en préfabriqué. « Mais nous avons encore assez de pierres pour tenir quelques années », rassure Patrick Debuck. Car pour TERH, pas question de chômer.

Une carrière en plus ?

Aujourd’hui, le grand projet de la société TERH serait de pouvoir exploiter la carrière Tsoushima, ouverte au début des années 1900. Depuis que le terrain n’est plus militaire, Patrick Debuck confie vouloir « faire une carrière à ciel ouvert de l’ordre de 2000 mètres carrés ».

Pour ce faire, sa société a demandé à faire partie de la révision du PLU (Plan local d’Urbanisme) de Vernon. « Ceci nous permettra de déposer un dossier en préfecture pour obtenir une autorisation d’extraction. » Si la procédure nécessitera quelques années, l’entreprise TERH espère tenir avec les pierres qu’il lui reste.